Nomadian 2026 — 1 750 km, de la Suisse à Gdańsk
1 750 km | 15 000 m D+ | 6 jours | Suisse → Pologne
Ça y est, cela fait maintenant un an que nous sommes inscrits, et les jours se comptent maintenant sur les doigts d'une main avant le départ de la Nomadian.
Une odyssée ultra-cycliste de 1 750 km et 15 000 m D+, au départ de Suisse jusqu'à la mer Baltique, à Gdańsk, en Pologne. Le tracé est libre, nous devons seulement passer par trois checkpoints et suivre trois portions obligatoires.
Nous avons décidé de nous inscrire sans trop réfléchir à ce défi. Après plusieurs voyages en bikepacking, dont une expédition dans les Pyrénées au printemps, nous avons succombé au charme de prendre un dossard. Même si, pour nous, l'intention est réellement de finir ces 1 750 km.
Nous ne venons pas du monde du cyclisme, n'avons jamais fait de course en peloton, n'avons jamais connu de sorties clubs hebdomadaires. Nous, notre plaisir, on le prend à découvrir de nouveaux pays sur nos Gloys.
Alors, avant de faire la course avec les autres participants, nous ferons la course contre nous-mêmes.
L'incertitude plane sur nos capacités à finir. Une défaillance physique, mentale, mécanique, etc. Il y a tant de raisons qui peuvent pousser à abandonner sur une si longue distance.
Jeudi 13 août — J-2
Le départ est prévu le samedi 15 août à 6h06 du matin.
On se rejoint à Annemasse jeudi 13 août au soir, chacun avec sa monture quasiment prête et son matériel sélectionné. Au moment de partir de Paris, Hippo a déchiré son pneu dans une porte.
Vendredi 14 août, on décide de rouler sur 40 km afin de passer chez un vélociste à son ouverture à Thonon, pour changer le pneu défaillant. Ces quelques kilomètres nous permettent de peaufiner les réglages des vélos post-voyage en avion et en train.
À la hâte, on saute dans un ferry pour traverser le lac Léman et on y retrouve Nico, avec qui nous avons partagé quelques kilomètres en mai dernier sur la Zone 64, au Pays Basque.
Une première ascension de 5 km et 350 m D+ pour déverrouiller les jambes, et nous voilà sur le lieu de départ pour y récupérer nos trackers. On y retrouve Yvan, à l'origine de l'événement, et faisons la rencontre de Martin et Alex, ce dernier gagnera la course haut la main quelques heures plus tard.
On défait et refait une dernière fois nos sacoches pour vérifier le matériel, puis essayons de trouver le sommeil.
Samedi 15 août — Jour 1
250 km | 3 800 m D+
4h du matin, le réveil sonne.
Petit déjeuner. Et on se presse d'enfourcher nos Gloys pour parcourir les 15 km et 350 m D+ qui nous séparent de la ligne de départ. Nous arrivons à 5h56, une grosse centaine de participants est déjà là.
Ça y est, nous y sommes.

L'excitation de s'élancer est à son plus haut. Mais notre stratégie est de ne surtout pas s'enflammer afin de se donner les chances de finir l'aventure. D'ailleurs, on a déjà réservé des hôtels pour les trois premières nuits.
Au programme aujourd'hui, 250 km et 3 800 m de dénivelé positif nous attendent sous une forte chaleur. Le départ est donné. Quasiment 100 participants s'élancent, avec en visu les Alpes sous un magnifique lever de soleil.
On partage quelques kilomètres avec Émilie et son mari, habitués de ces épreuves.
Puis la première difficulté se dresse devant nous : le Jaunpass, avec ses 5 km à 10 %, en haut duquel se trouve le checkpoint n°1.

Juste le temps de basculer que nous devons suivre le parcours obligatoire : 13 km à 8 %, avec de bonnes portions au-delà des 11 %. Ça réchauffe les cuisses, mais on est encore frais. Puis les paysages sont beaux, alors on accepte de souffrir.

Descente à suivre un troupeau de moutons.

Après une centaine de kilomètres, on s'arrête dans une supérette pour se délecter de ce qui s'avérera être le contenu de quasiment tous nos repas : des sandwichs de Philadelphia et de jambon.
On croise alors Max et Marie. Nous ne le savons pas encore, mais nous aurons quasiment le même rythme jusqu'à la fin, espacés de quelques kilomètres à peine chaque jour.
Il fait très chaud, et petite surchauffe moteur pour Manu, qui heureusement se jettera sur des glaces d'une station-service 60 km plus loin pour faire redescendre la température.

Le plus dur de l'étape est fait, mais on appréhende tout de même les 1 600 km restants. On roulera tranquillement jusqu'en fin d'après-midi, durant lequel la météo tourne et des vents violents et des orages apparaissent. On finit la dernière heure en jouant les équilibristes pour ne pas être balayés par les rafales de vent.
Arrivés à la pension réservée, juste à temps avant que le déluge ne s'abatte complètement. Il est 19h, on s'arrête, et l'on voit défiler une ribambelle de participants sous l'orage. Nous sommes bien contents d'être au chaud.
Nettoyage des cuissards, repas, puis on discute brièvement avec Kevin, Léo et Yo, avec qui on se donne rendez-vous à 4h30 du matin pour attaquer, à la fraîche, le col au pied duquel nous sommes.
Les dents et au lit.
Dimanche 16 août — Jour 2
270 km | 4 200 m D+
4h, le réveil sonne.
On étale le Philadelphia sur nos pains, on y glisse deux tranches de jambon, on enfile les cuissards encore humides, et on rejoint Yohan, Léo et Kevin pour rejoindre le CP2 en haut du Pragelpass, col de 9 km à 10 %.
Pas le temps de s'échauffer ou de digérer nos sandwichs que des pentes oscillant entre 10 et 15 % se dressent sur les 7 premiers kilomètres. On discute, on appuie sur les pédales. Puis, dans le noir, on ne se rend pas compte que ça grimpe autant.
On s'offre un lever de soleil en haut du col, et une magnifique descente sous les premiers rayons de soleil. Quel plaisir, on est venus pour ça.
7h, arrêt station-service pour goûter aux spécialités locales : hot-dog.
70 km de plat pour une traversée express du Liechtenstein. On roule avec les gars, sans forcer, on bombarde. Kevin, habitué du coin, aura pris les avant-postes du groupe quasiment en continu. On ne dit pas non, la route est encore longue.
D'autant que la dernière grosse difficulté nous attend, où se trouve le CP3 : 20 km de montée pour 1 400 m de D+. L'équivalent du Tourmalet. Portion obligatoire n°2 dans du gravel sympathique en Autriche.
Puis on bascule assez vite en Allemagne.

Il est 20h, grande pizza. La routine se répète : nettoyage des cuissards, sèche-cheveux à plein régime pendant une heure pour les faire sécher. Les dents et au lit.
Lundi 17 août — Jour 3
310 km | Traversée de l'Allemagne
4h, le réveil sonne.
On finit la pizza de la veille. On étale le Philadelphia sur nos pains, on y glisse deux tranches de jambon, on enfile les cuissards pour une étape de transition, après les deux jours dans les montagnes.
310 km plats nous attendent. On évite Munich et on préfère passer par les petits villages allemands. Paysages assez monotones, des routes de campagne.
En fin d'après-midi, passage de la frontière tchèque. Le contraste est net, les grosses cylindrées ont disparu pour laisser place à des voitures plus anciennes et rustiques. Saut dans le temps avec l'architecture qui fait penser à l'URSS.
Il est 19h, et on s'offre le luxe de se cuisiner 500 g de riz et des steaks hachés dans une pension décorée par Valérie Damidot. Ultra de luxe.
Flemme de nettoyer les cuissards : "On verra demain soir." Les dents et au lit.
Mardi 18 août — Jour 4
302 km | 2 750 m D+
4h, le réveil sonne.
On étale le Philadelphia sur nos pains, on y glisse deux tranches de jambon, on enfile les cuissards.
Aujourd'hui, l'objectif est de traverser la République tchèque afin de dormir juste avant la frontière polonaise. Le programme ressemble à celui d'hier : un peu plus de 300 km, avec quelques petits pétards, mais surtout des lignes droites au milieu des champs et forêts tchèques.
Durant les premières heures, on croise plus d'une centaine de chevreuils, ce qui nous rappelle un mauvais souvenir puisqu'on avait été percutés de plein fouet en avril dernier dans la descente de Font-Romeu. Assez peu habitués à voir du monde si tôt sur les routes, ils fuiront au moindre coup de sonnette. Ce qui nous occupera.
On évite Prague sans encombre en passant un peu plus au sud. On revient sur les traces de notre premier voyage à vélo, mais le programme est totalement différent. On ne s'arrête plus pour prendre des pintes, mais pour consommer des Snickers et des hot-dogs à tout-va.

Traversée de la Tchéquie finie vers 18h30, avec 302 km et 2 750 m de D+. Pendant que l'on se délecte d'un succulent sandwich Philadelphia-jambon, on décide pour la première fois de regarder où sont passés les premiers participants et on change 30 km de notre parcours initial.
Flemme de nettoyer les cuissards : on verra demain. Les dents et au lit.
Mercredi 19 août — Jour 5
375 km
4h, le réveil sonne.
On étale le Philadelphia sur nos pains, on y glisse deux tranches de jambon, on enfile les cuissards.
On passe la frontière polonaise dans les premières minutes. Puis, assez vite, on commence à regretter notre petit changement de tracé : passages de trains à répétition, routes de mauvaise qualité, détours inutiles, et pour finir une portion gravel d'environ 2 km en côte où l'on se retrouve à devoir pousser les vélos. Par manque de lucidité, nous avions oublié de cocher "vélo de route" sur notre appli de traçage.
En passant la frontière polonaise, nous découvrons le Graal pour des courses de vélo longue distance : Żabka. Une supérette ouverte de 6h à 23h, 7j/7, dans laquelle on peut même avoir des hot-dogs à toute heure.

Les paysages sont bien plus plaisants aujourd'hui. On passe à travers de belles forêts, les routes sont de qualité et les automobilistes très respectueux.
Portion obligatoire de 80 km dans l'après-midi, composée de petits raidillons, de pavés et surtout de sable. Mais venant des Landes et de la Gironde, on adore ça. Les vélos, un peu moins.


19h, arrêt supermarché, mais cette fois-ci, on continue de rouler.
20h15, le couac. En bas d'une descente, une barrière nous barre la route. On la passe. 30 m plus tard, on comprend : l'embarcadère permettant de traverser un bras de rivière est fermé. La nuit tombe. Une barque est sur le côté. Hésitation. Puis nous restons lucides et décidons de faire le détour par la route, soit un peu moins de 10 km de plus.

Alerte orage sur nos téléphones. Il faut arriver avant 23h pour l'hôtel. 80 km à faire. On branche les écouteurs, pas un mot, et on avance.

22h50 — 375 km. Mission remplie. Physiquement, OK, mais mentalement, on se rend compte que ça fatigue. On se dit que notre stratégie de s'arrêter tous les soirs tôt était la meilleure pour notre premier ultra.
Flemme de nettoyer les cuissards, demain c'est le dernier jour. Les dents et au lit.
Jeudi 20 août — Jour 6
250 km | Gdańsk
4h, le réveil sonne.
On étale le Philadelphia sur nos pains, on y glisse deux tranches de jambon, on enfile les cuissards pour la dernière fois.
Il ne reste plus que 250 km. On devrait les finir dans l'après-midi, ce qui n'était pas prévu, on visait plutôt une arrivée le vendredi. D'ailleurs, la copine d'Hippo atterrit ce soir à minuit. La tuile, elle va donc louper notre arrivée.
Notre objectif initial était de finir avant le samedi 22, plus que rempli. Alors on profite de ces derniers kilomètres dans de belles forêts. Quelques arrêts Żabka pour manger tout et n'importe quoi, et nous voilà en début d'après-midi aux abords de Gdańsk. Tellement impatients que l'on se fait reprendre par la police afin de rouler sur la piste cyclable.
Les 10 derniers kilomètres nous paraissent interminables. Les pavés achèvent la patience d'Hippo.
Finalement, nous apercevons le Kayak Bar, lieu de l'arrivée, et Manon, la copine de Manu, qui nous fait coucou de l'autre côté de la rive. Malheureusement, on est du mauvais côté de la rive et on doit attendre une petite dizaine de minutes que le pont s'abaisse.
Et nous finissons officiellement la Nomadian 2026.


On retrouve alors Yvan, Garbo et d'autres participants avec qui nous avons déjà croisé notre chemin. Après quelques vannes sur le fait que nous n'étions pas fatigués puisque nous avons beaucoup dormi, on s'empresse de commander une pinte et une gaufre Nutella-chantilly, qui sont plus que méritées.

Le bilan
Le bilan est très positif. Nous avons pris du plaisir sans nous mettre dans le rouge, on l'avoue, on aurait pu forcer un peu plus. Rouler à deux n'est pas facile pour tout le monde, mais nous avons tenu le coup sans nous engueuler une seule fois. Ce qui peut paraître difficile tant Hippo que Manu aiment chacun avoir raison.
Aucun souci mécanique, mis à part 30 km modifiés en live : une trace aux petits oignons.
Et en parlant d'oignon, aucune douleur aux fessiers grâce au cuissard Titan d'Ozio. En mettant de la crème matin, midi et soir pour éviter les irritations, nous n'avons ressenti aucune gêne durant cette aventure de 5 jours et 10 heures. Une vraie réussite, et une fierté qu'Ozio nous fasse confiance pour les représenter.
Vous aussi vous préparez un ultra ? Notre guide pour bien choisir son cuissard est fait pour ça.
1 750 km. 5 jours et 10 heures. De la Suisse à la Baltique.
Maintenant que l'on sait que l'on peut finir une "course" de 1 750 km, les yeux sont maintenant rivés sur la Desertus 2027.
Adishatz !
GLOY

