Hasparren | 560 km | 9 100 m D+
La Zone 64, c'était censé être une répétition. Un test grandeur nature avant la Nomadian. Pas vraiment préparés pour le dénivelé, Hippo et Manu s'étaient dit que ça serait l'occasion de tâter le terrain, de rencontrer des acteurs de l'ultra distance, et de voir où ils en étaient. La montagne avait d'autres plans.
J-7. Check météo quotidien. Léger affolement en voyant les prévisions.
J-2. Changement de pneus en dernière minute, avec l'aide précieuse de Giant Mérignac. On espère que le tubeless sera étanche. On espère surtout que le reste le sera aussi.
J-1. Les vélos dans la Clio, cap sur Hasparren. La route annonce la couleur : de la pluie à outrance. Récupération du tracker, crevaisons d'Hippo suite à un éclat de verre dans la journée, baisse de pression chez Manu. Le stress monte en réalisant dans quoi on se lance. Chambre chez Françoise à la Maison Attienia, 22h, vélos prêts, derniers arbitrages vestimentaires. Les dents, et au lit.

Jour J — 4h30. On ouvre la fenêtre pour se rassurer. Il ne pleut pas. On se dit qu'on va passer entre les gouttes. Cinq minutes plus tard, nouvelle ouverture : des torrents.
Surchaussures, jambières, pantalon de pluie, veste et gants waterproof. On arrive place Harana. Les prévisions météo ont fait le tri : il ne reste plus qu'une cinquantaine de coureurs sur la ligne de départ.
6h00. Passage sous l'arche. L'ambiance est là.
La stratégie initiale : rouler en groupe jusqu'au kilomètre 100, à Bayonne, sur la portion plate. On se fait doubler dans tous les sens. L'incertitude sur leur capacité à terminer leur première épreuve d'ultra endurance reste tapie dans un coin de la tête. Décision est prise de tenir leur rythme de croisière à deux, plutôt que de se brûler les ailes à accrocher des roues.
Au bout de quinze minutes, des trombes d'eau s'abattent. Ça va durer jusqu'en début d'après-midi.
Traversée de Bayonne sous la pluie et dans le trafic. Quelques côtes courtes aux pourcentages costauds — annonciatrices des surprises préparées par les organisateurs. Passage à Saint-Jean-de-Luz aux alentours de midi. Le soleil pointe enfin le bout de son nez. Bref, mais réel.
Col d'Ibardin. Hippo prend quelques minutes d'avance, mais l'objectif reste le même : vivre l'aventure à deux. Finir, dans ces conditions, c'est déjà une vraie performance.
Ravitaillement dans une venta à Baztan vers 14h. Sandwich à la tortilla, Coca, M&M's, bonbons. Le carburant de l'ultra. L'objectif se dessine : atteindre Saint-Jean-Pied-de-Port avant la nuit — soit environ 270 km et 2 000 m D+ depuis le départ. Faire le point là-bas, et décider si on roule dans la nuit ou si on dort un peu.
Autour de Bidarray, les pourcentages titillent les 23% sur quelques hectomètres. Le père de Manu avait prévenu. Il avait raison.

19h50. Arrivée au Lidl de Saint-Jean-Pied-de-Port. On retrouve quelques participants, dont Nico — croisé le matin, quatre Désertus au compteur — qui avait pris un peu d'avance. Après une bonne heure de pause, le constat est étonnant : on se sent frais. Vraiment frais.
Décision prise : on pousse jusqu'à Saint-Palais. 110 km de plus.
La nuit, c'est une autre dimension. Seuls sur les routes basques, aboiements des chiens, cols sous la pluie, vaches au milieu de la route. Quelques averses qui rafraîchissent. On adore.
Vers 1h du matin, soit 15 heures de course, la fatigue s'installe. Pause à Mauléon, quelques sucreries qui traînent dans les sacoches, puis 60 km jusqu'à Saint-Palais.
3h45. Saint-Palais. 380 km, presque 6 000 m D+. On s'arrête là. L'objectif initial était dépassé depuis longtemps — surtout dans ces conditions.
Au réveil, la pluie est toujours là. Il reste 180 km et 3 000 m D+. Mais quelque chose a changé : ils savent maintenant qu'ils sont capables de tenir le rythme et de finir dans la journée. Hippo a déjà en tête son burger à Hasparren. Il faut arriver avant 20h.
On reprend les mêmes et on recommence. Pluie intense, côtelettes basques, pourcentages qui réveillent les jambes et réchauffent le corps.
Vers 11h, gros arrêt boulangerie. Deux autres participants filent à travers les gouttes au loin — les premiers croisés depuis la veille à 20h. Pas vraiment l'envie de se remettre sous la pluie tout de suite. On patiente encore quelques minutes au chaud.
Et puis tout s'aligne. Le soleil pointe. 500 mètres plus loin, les pantalons de pluie et les kways tombent. L'impression de respirer enfin.
Il ne reste plus que 130 km.

On roule au feeling sur ces derniers kilomètres, sans même repérer les villes traversées. Un arrêt panini avant Cambo-les-Bains pour charger les batteries avant les 30 derniers. Des côtes très pentues attendent encore. Mais quel bonheur de savoir qu'on va terminer. Son premier ultra. Dans des conditions météo qui ont fait partir la moitié du peloton.
Les derniers pottoks (chevaux) aux alentours de Briscous. Hasparren en ligne de mire. On reconnaît la route.
Vers 19h. Le trinquet de la place Harana apparaît. Garbo et une vingtaine de personnes applaudissent.
Hippo et Manu passent l'arche interstellaire ensemble.
Premier ultra dans la boîte. En conditions dantesques. La Nomadian peut venir.
Et pour ceux qui se demandent ce que c'est, la Nomadian — on en reparlera...



