Jour 1 — Des Pyrénées basques aux sommets aragonais
Saint-Palais → Villanua | 150 km | 3 500 m D+ | Col de la Pierre Saint-Martin + Col du Somport
La soirée de la veille avait mis la barre haut — côte de bœuf, cousins, bonne humeur. Le réveil à 7h fut donc une négociation silencieuse avec soi-même, mais les Gloy n'attendaient pas.
Départ dans une brume douce qui enveloppait Saint-Palais comme un dernier prétexte pour rouler au ralenti. Quelques minutes suffisent : le soleil s'impose, radieux, et la journée prend son vrai visage. Les premiers kilomètres filent en douceur jusqu'à Mauléon, l'échauffement idéal avant ce qui attend. Arrêt stratégique au Lidl local — bonbons en vrac, poches remplies, glycémie en alerte maximale. On ne rigole pas avec la nutrition.

Cap sur la Pierre Saint-Martin par Saint-Engrâce. La route se faufile entre pottoks et moutons, la végétation est dense, le vert est partout. Et puis les pourcentages s'accumulent. 10%, 12%, encore. Les cuisses commencent à parler. La chaîne tout à gauche, le regard fixé sur le bitume qui monte, on avance au mental. Hippo, mieux équipé côté développement, grignote quelques hectomètres sur Manu — qui, lui, n'a manifestement pas attendu Pâques pour vider ses réserves de chocolat. Quelques passages où il vaut mieux ne pas lever les yeux vers le haut. L'arrivée à la station de la Pierre Saint-Martin a le goût d'une victoire : burger, nuggets, soleil au pied des pistes. Dernier jour d'ouverture de la station — on glisse dans le timing comme dans une bonne descente.
Et quelle descente. Les rayons de soleil percent les sapins, les cimes enneigées brillent en arrière-plan, la route dévale. Le genre de moment qu'on ne décrit pas vraiment, qu'on emmagasine juste. Ravitaillement en eau à Bedous, village tranquille qui ne se doute pas qu'il marque le début des 30 derniers kilomètres de montée de la journée — sur 50 au total. Face au vent. Mais les jambes suivent, et le mental aussi. Bonne surprise. Le col du Somport se laisse gravir avec une régularité bien plus clémente que la Pierre Saint-Martin. On apprécie. Le décor reste à la hauteur : grandiose, silencieux, lumineux. Puis vient la récompense. Une descente sur asphalte parfait, des vitesses qui feraient rougir la 107 de Manu, et l'Espagne qui s'ouvre devant.
Villanua accueille les deux rescapés avec ce qu'il faut : tapas, platos combinados, et la certitude méritée d'une bonne nuit de sommeil. Jour 1 dans la boîte. La semaine commence bien.
Jour 2 — Le vent, la poussière et le Río Cinca
Villanúa → Alfarràs | 203 km | 2 300 m D+
Le réveil à Villanúa se fait avec les jambes encore chargées de la veille, mais la route appelle. Cette étape s'annonce plus roulante — et elle l'est, globalement. Ce que personne n'avait prévu, c'est le vent.
Trente kilomètres à peine, et première pause : tortilla, café, regard dans le vide. Bonne décision. Parce que dès la sortie, le vent de face s'installe pour de bon. Seule concession : les 27°C du jour seraient bien moins supportables sans lui. On prend ce qu'on peut. Le col du Puerto de Serrablo offre une des plus belles descentes du parcours. Les Pyrénées enneigées apparaissent en arrière-plan, comme un rappel de ce qu'on vient de traverser. On descend vite, on profite.
Hippolyte crève. Il le savait depuis la veille, au fond de lui. Ce n'est pas une surprise, c'est presque un soulagement. Chambre à air changée, on repart. Vient ensuite une cinquantaine de kilomètres le long du Río Cinca, à l'eau d'un bleu translucide qui tranche avec l'effort. Le terrain ne fait pas de cadeau : des "pétards" de 1 à 3 km cassent le rythme et les jambes à intervalles réguliers. Le vent, lui, s'est renforcé.

Pause coca dans une station Repsol — instinctive, méritée. Elle tombe pile avant 15 km de route en travaux qui basculent sur du gravel. On mange la poussière des camions, on encaisse les secousses, on avance. C'est aussi pour ça qu'on est là.
Alfarràs en fin de journée. Direction le supermarché, ravitaillement en mode efficace, et on recharge pour demain. 203 km dans les jambes.
Jour 3 — GLOY en lettres capitales sur l'Espagne
161 km | 1 400 m D+
Le tracé du jour n'a pas vraiment de logique géographique. Si ce n'est une : dessiner GLOY en grand sur les terres espagnoles, via Strava. Priorités assumées. Le vent a disparu. Et ça change absolument tout. Les jambes tournent, les relais s'enchaînent, les champs défilent à perte de vue. On retrouve cette sensation simple et précieuse d'avancer — celle que le vent de face avait effacée pendant deux jours.
Le parcours traverse de vastes zones agricoles. Des élevages industriels de volailles longent la route — les animaux enfermés, et une odeur épaisse, persistante, qui s'accroche sur plusieurs kilomètres. Contraste saisissant avec les paysages de la veille.
Puis vient le moment un peu absurde de la journée : le tracé repasse plusieurs fois aux mêmes endroits. On monte d'un côté, on redescend de l'autre, on remonte dans l'autre sens. On recroise les mêmes trous de bitume, les mêmes visages surpris — des locaux qui nous regardent passer une deuxième, puis une troisième fois avec une expression qui en dit long. C'est le prix du Strava art.

Une étape solide, presque un entraînement pur. Le ratio distance/dénivelé commence à ressembler à ce qu'Hippo et Manu retrouveront cet été sur la Nomadian. Le corps s'y habitue. C'est le but.
La Nomadian Rhapsobike, c'est quoi ? Une odyssée ultra-cycliste en autonomie totale et orientation libre — 1 650 km, 15 000 m D+, sans assistance. Pour l'édition 2026, baptisée La Route de l'Ambre, le parcours relie la Suisse à Gdańsk en Pologne, à travers l'Autriche, l'Allemagne et la Tchéquie. Départ le 15 août. Arrivée limite le 22. C'est là qu'Hippo et Manu seront en août. Cette semaine dans les Pyrénées, c'est le début de la préparation.
-> Nomadian Rhapsobike pour plus d'informations.
Jour 4 — Le retour en France par les cimes
Agramunt → Font-Romeu | 151 km | 2 800 m D+
Départ tôt pour attraper le lever du soleil. Les 50 premiers kilomètres se savourent : petites routes de campagne, champs à perte de vue, rythme tranquille. Le genre de matinée qui donne envie de ne jamais s'arrêter. Puis vient la réalité des 80 kilomètres suivants. Route principale, camions qui frôlent, vent qui s'engouffre entre les parois rocheuses — et bien sûr, de face. Pas très agréable. Mais depuis Saint-Palais, les jambes et le mental ont appris à faire avec. Ça travaille, ça forge, on avance.
La montée finale par le col du Calvaire vers Font-Romeu change tout. Autour de 1 800 mètres, la météo est parfaite, les sommets enneigés se rapprochent kilomètre après kilomètre. La montée quasi continue depuis le départ du jour trouve ici sa récompense — la vue, le silence, l'air qui fraîchit. Arrivée en milieu d'après-midi dans la station. Le temps de souffler et de regarder au loin ce qu'on vient de traverser.
Jour 5 — La descente, les biches et la belle rencontre
Font-Romeu → Ille-sur-Têt | 77 km | 600 m D+
Départ très tôt pour profiter de la descente au lever du jour. Apparemment l'idée plaisait à d'autres : deux biches surgissent de la forêt, accompagnent quelques instants le groupe avant de traverser la route et de percuter la roue avant de Manu. Grosse frayeur. Plus de peur que de mal. On repart avec les premiers rayons qui percent à travers les massifs.

Cinquante kilomètres de descente, vent dans le dos. On en profite, on roule vite. Il y a un objectif dans la tête : ne pas être en retard pour retrouver Frank de chez Neo Wheels, qui ouvre les portes de son atelier. Un passionné, une belle rencontre — le genre qu'on ne planifie pas et qu'on retient longtemps. Dans la foulée, visite chez Caminade, fabricant de vélos en titane sur mesure. Une vraie pépite, le genre d'endroit où l'on resterait bien plus longtemps.
Fin de journée plus tranquille. Direction la gare, et le train du retour vers Bordeaux.
Au compteur final : environ 700 km et 11 000 m D+ en 4 jours et demi. Une semaine à rouler ensemble — ce qu'Hippo et Manu n'avaient pas fait depuis un moment. Ça se sent dans les jambes, et dans le reste aussi.
Ce voyage a aussi été l'occasion de tester sur le terrain deux pièces développées avec Ozio : le Cuissard Titan et le Maillot Gravel Explore. Autant dire que le test était grandeur nature — ils n'avaient pris que ça.
Le Cuissard Titan s'est montré à la hauteur : confortable sur la durée, bon maintien, et des poches latérales vraiment bien pensées pour garder téléphone, appareil photo ou ravitaillement à portée de main sans avoir à fouiller partout. Le Maillot Gravel Explore, plus ample, s'est porté sans irritation sur la durée, bien ventilé même sous la chaleur des journées espagnoles.
Test validé. Heureusement.
700 km, 11 000 m D+, deux potes, une marque. Ce n'est que le début.
Prochaine étape : la Zone 64
Les Pyrénées, c'était l'apéritif. Le 15 mai, Hippo et Manu prennent le départ de la Zone 64 à Hasparren — une course ultra en plein Pays Basque, en autonomie totale, avec tracker GPS et zéro assistance. Le format Interstellaire : 600 km, 8 500 m D+, à boucler en 56 heures. Départ humain, arrivée mutant — c'est la promesse de l'organisation. On a hâte de voir ce qu'il en reste !
-> Zone 64 pour plus d'informations


