El Piri 2026 — Deuxième femme, vélo 26 pouces, 4 jours, 19 000 m D+

En juin dernier, Gabrielle prenait le départ d'El Piri en tant que bursary rider. 760 km, 19 000 m D+, dans les Pyrénées catalanes. Elle est arrivée deuxième femme, en 4 jours et 5 heures. Voici son récit.

El Piri 2026 — Deuxième femme, vélo 26 pouces, 4 jours, 19 000 m D+

Elle a commencé le vélo avec un cuissard Ozio. Cet été, elle prend le départ de la Nomadian.

Il y a six ans, Gabrielle enfourchait son vélo 26 pouces pour la première fois. Son premier cuissard, c'était un Ozio. Depuis, elle a enchaîné les ultras : Desertus Bikus, Marseille-Naples, Gravel is Mine. En juin dernier, elle prenait le départ d'El Piri en tant que bursary rider. 760 km, 19 000 m D+, dans les Pyrénées catalanes. Voici son récit, dans ses mots.


El Piri 2026

El Piri est une aventure bike-packing d'environ 760 km et 19 000 m de dénivelé, dans les pistes gravel et petites routes des Pyrénées Catalanes, ayant Gérone pour point de départ et d'arrivée. El Piri n'est pas une course mais une aventure en autonomie visant à apprécier la beauté sauvage des parcs nationaux traversés et à repousser ses propres limites. En juin dernier, j'ai eu la chance de prendre le départ de cet évènement en tant que bursary rider, une expérience qui marquera pour toujours ma pratique du vélo et du bike-packing.

Gabrielle et son vélo au départ d'El Piri

Cours d'eau en serpent sur le parcours d'El Piri

Chemin de montagne carrossable


Un évènement qui soutient la diversité des pratiques

J'ai commencé le vélo il y a six ans et j'ai déjà eu l'occasion de me tester sur quelques ultras (Desertus Bikus, Marseille-Naples, Gravel is Mine). J'avais repéré El Piri mais le profil me faisait un peu peur. Et puis j'ai vu la démarche proposée par l'organisation, de soutien matériel et financier aux femmes et personnes sous-représentées. J'ai candidaté et j'ai été retenue. Au-delà de l'envie qui était déjà là, s'est ajoutée la confiance — celle qu'on m'accordait en m'apportant ce soutien.


Une trace à couper le souffle de beauté

Gérone et sa région sont reconnus comme le paradis du gravel. La boucle s'élance au cœur des Pyrénées catalanes. Elle traverse le Parc naturel du Cadí-Moixeró puis celui de l'Alt Pirineu, avant de rejoindre l'Andorre et ses pentes redoutables. Elle permet aussi de découvrir des lieux emblématiques comme l'Église de Sant Roma de Sau, vestige englouti sous l'eau du barrage, ou quelques villages typiques catalans comme Camprodon.

J'ai été subjuguée par l'ascension du col du Prat Muntaner, malgré les averses orageuses. J'ai senti une forte connexion avec l'immensité du lieu, par les odeurs de terre humide, l'atmosphère de fin du monde, le grondement du ciel. Cette ascension m'a offert en échange une descente sur l'autre versant, réchauffée par le retour du soleil, les paysages faits de roche calcaire, de pierres rouges et le réservoir Pantà de Sant Antoni au pied de la Pobla de Segur. Le Colletó de la Portella, point culminant de la trace (2 265 m), m'a bercée par ses paysages d'alpages, ses cimes fières et enneigées et ses descentes joueuses vers les pistes de ski d'Espot, décorées de ses télésièges immobiles.

Village dans les hauteurs espagnol et châine de montagne

Gabrielle au sommet d'une montagne après la pluie

Trace gravel au coeur des montagnes espagnol


Monter, descendre, recommencer

Le départ s'est fait sous la chaleur, un paramètre supplémentaire à intégrer pour tenir la distance, quand on sait que la plupart des abandons ont lieu le premier jour à cause des coups de chaud. J'ai donc décidé de découper soigneusement mon itinéraire en tenant compte du dénivelé, des possibilités de ravitaillement et de la proportion entre gravel et route. Au programme : monter, descendre, recommencer, et quelquefois pousser ou retenir son vélo dans les gros cailloux. Il y avait toujours de quoi se ravitailler, tous les 50 à 60 km. C'est l'intelligence de cette trace : nous offrir des panoramas sublimes sans nous affamer ni nous assoiffer.

Contrairement aux autres évènements, je n'ai pas voulu regarder le tracker, je voulais être pleinement disponible pour ce voyage, avoir la tête légère et rester concentrée sur ce qui s'offrait à moi. Je n'ai pas voulu non plus rouler la nuit afin de profiter de chaque vue, de chaque rencontre, avec les vaches, les papillons, les rapaces ou les chevaux sauvages. Avec des nuits de 6 heures, je me sentais parfaitement en forme au lever du soleil. J'ai dérogé à cette règle le dernier jour, pour l'ultime ascension, le col de Meianell, qui s'est faite sous la Voie lactée et le ciel scintillant. J'ai ainsi profité des premières lueurs du jour au sommet : moment suspendu où tout prend son sens, s'il fallait encore le chercher.

Bonbon en forme de coeur avec les montagnes espagnols derrière

Ravitaillement du bidon d'eau sur le parcours


Détourner les codes

Pour cette aventure, je voulais être confortable avec un ratio me permettant d'attaquer des grimpettes difficiles et d'encaisser les descentes accidentées. C'est vers mon Rockrider 740 que mon choix s'est porté, équipé tout XTR, en triple plateaux, de roues Mavic Crossmax SL et de freins V-Brake. J'en ai fait sourire plus d'un au départ et sur la route, dont quelques nostalgiques des années 90. Ce bon cadre en acier ne m'a jamais fait défaut. Aucune douleur à l'arrivée, aucun pépin mécanique, et un véritable plaisir en toutes circonstances.

Vélo Decathlon de Gabrielle avec porte bagage Tailfin


Finir avec les larmes et le sourire

En me couchant la veille du dernier jour, j'ai finalement regardé le tracker. Les 2e et 3e féminines dormaient toutes deux au même village : Ribes de Freser, j'étais l'une d'elles. Ce dernier jour était bien moins plat que je ne le pensais. La trace réservait quelques surprises afin de nous challenger jusqu'au bout. J'ai fini cette précieuse aventure deuxième femme et 22e au classement général, en 4 jours et 5 heures, largement au-delà de ce que je pouvais m'imaginer. Je suis arrivée au finish, acclamée par les premiers arrivants et l'équipe organisatrice. Quelles étranges sensations que de pleurer et de sourire de joie en même temps.


Croire en soi, encourager

Je retiens de cette opportunité le pouvoir immense qu'ont les actrices et acteurs du vélo à soutenir une pratique plus inclusive du cyclisme. C'est en étant représentées que certaines personnes sauront se convaincre qu'elles ont, elles aussi, leur place.

Le 15 août, je prendrai le départ de la Nomadian RhapsoBike, cette fois-ci de la Suisse jusqu'à Gdańsk en Pologne. Une épopée de 1 700 km qui permettra encore de repousser les limites de l'aventure.

Récit signé Gabrielle Antoine, bursary rider El Piri 2026.

Photo paysage de Gérone avec cours d'eau

Photo de Gabrielle devant le coucher de soleil